Si l’on regarde une révolution de l’intérieur et non comme un simple processus, mais comme une part de la vie, elle apparaît comme un drame qui, à l’instar de la religion, agit profondément sur l’homme. Une société dépourvue de religion est une société incapable de produire une révolution. Les pays où existe un élan révolutionnaire sont ceux où le sentiment religieux est vivant. Les sentiments de fraternité, de solidarité et de justice, qui sont de nature religieuse, se transforment dans la révolution en justice universelle et en un paradis terrestre. La religion et la révolution naissent de la souffrance et de la douleur et meurent dans le confort et l’aisance. »
Une Révolution qui s’établit d’Est en Ouest, du nord au sud
La chaîne d’événements qui débuta en janvier 1978 s’acheva, un an plus tard, par l’effacement définitif de toutes les traces du régime du Shah en Iran. À cette époque, le gouvernement provisoire de la Révolution islamique remplaça le régime monarchique. Le mouvement islamique et la lutte inlassable du peuple iranien, sous la direction de l’ayatollah Khomeiny, entraînèrent l’effondrement de la plus importante, de la plus sûre et de la plus fiable base de l’impérialisme américain dans la région, et conduisirent à la formation d’un gouvernement islamique indépendant de l’influence de l’Est et de l’Ouest. Cette révolution fit naître une lueur d’espoir dans le cœur des musulmans et des opprimés du monde entier et leur démontra que, sans s’appuyer sur l’Est ou l’Ouest, ils pouvaient eux aussi participer à la détermination de leur propre destin et instaurer le gouvernement qu’ils désiraient. À la lumière de ce qui précède, il est aisé de distinguer les révolutions américaine et française, d’une part, et la Révolution islamique d’Iran, d’autre part.
Dans les révolutions américaine et française, les peuples ont cherché à renier leur passé, tandis que dans la Révolution islamique, au contraire, le peuple a créé cette révolution par la continuité et l’aboutissement d’une part essentielle de l’héritage islamique de l’Iran, fruit de longues années d’évolution politique, spirituelle et intellectuelle.
Au cours des années de dictature du Shah, de nombreux signes de mécontentement étaient clairement perceptibles dans ce pays prétendument stable, au sein d’un Moyen-Orient agité. Ces signes de mécontentement se multiplièrent et leur résultat fut la Révolution islamique. La première cause de ce mécontentement doit être recherchée dans la théorie politique de l’islam, qui considère le régime monarchique comme illégitime. Selon l’islam, l’idée selon laquelle le pouvoir royal serait institué par Dieu est rejetée. Ainsi, lorsque l’imam Khomeiny perdit toute confiance dans le Shah et que les oulémas déclarèrent son incapacité à gouverner, son pouvoir perdit toute légitimité. L’influence croissante de l’Occident accéléra le processus de séparation entre le clergé et le Shah. L’incapacité du Shah à assurer et à préserver l’islam dans l’orientation des affaires sociales et politiques du pays accéléra le rythme du mouvement islamique. L’alliance de plus en plus étroite entre la monarchie et l’Occident, tout en permettant la poursuite illégale du règne du Shah, l’encouragea également à violer continuellement les principes islamiques et contribua à le faire apparaître comme un agent des puissances étrangères, celles-ci trouvant ainsi des facilités accrues pour exploiter les ressources de l’Iran. Le Shah transforma la monarchie traditionnelle en un régime dictatorial moderne et l’utilisa comme un instrument de répression.
Ses efforts pour promouvoir une culture nationaliste exacerbée, le paniranisme, comportaient des projets visant à attiser la haine envers les Arabes, à rejeter l’héritage islamique et à limiter l’usage des mots arabes dans la langue persane.
Malgré ces tentatives, le peuple iranien demeura fermement attaché à l’islam et à ses principes et continua à les défendre efficacement. Le désir des Iraniens d’établir un gouvernement islamique conforme à la volonté divine les prépara au rejet de la domination et à l’acceptation du martyre. Le slogan « Chaque jour est Achoura et chaque lieu est Karbala » est l’expression de l’état d’esprit du peuple iranien. Autrement dit, partout où se trouve un musulman, il existe un front où le bien et le mal s’affrontent. Chaque jour de la vie d’un musulman est un jour de combat où l’issue est soit la victoire, soit le martyre. Cette aspiration à la victoire ou au martyre avait préparé les Iraniens à affronter un quart de siècle de meurtres et de répression. Le moyen utilisé par le Shah pour contrôler et terroriser la population était la violence extrême et la torture, parallèlement à une exploitation massive des ressources du peuple iranien.
Les impondérés à la Révolution lancée
L’agriculture avait été détruite, ce qui contribua à vider les campagnes de leurs habitants, contraignant les ruraux à migrer vers les grandes villes à la recherche d’un emploi. La pauvreté et la misère des masses populaires contrastaient fortement avec le confort et la prospérité de l’élite proche du pouvoir monarchique. L’ancienne classe des grands propriétaires terriens s’était transformée en courtiers fonciers urbains, se consacrant à l’import-export de marchandises, de sorte que, selon la logique financière, les profits tirés de ce changement dépassaient largement les pertes. Quant aux revendications en faveur des droits des femmes, il faut dire qu’elles visaient davantage à légitimer le régime aux yeux des pays étrangers qu’à poursuivre de véritables objectifs internes. Les conseillers étrangers du Shah, parfaitement conscients de l’attachement de la tradition islamique au hijab, lui avaient suggéré que la défense des droits des femmes constituait un excellent moyen de le présenter comme un dirigeant éclairé et bienveillant. Cependant, les femmes iraniennes non seulement refusèrent de se soumettre aux mesures imposées au Shah pour l’abandon du voile, mais, en endurant humiliations, tortures, emprisonnement et martyre, prirent part avec détermination à la lutte contre le régime.
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C’est pourquoi la presse américaine et britannique qualifia ouvertement le peuple iranien de conservateur et, en qualifiant les musulmans de rétrogrades, les accusa de s’être opposés au Shah en raison de leur rejet de la réforme agraire, de leur volonté de récupérer les terres de waqf et de leur attachement au port généralisé du voile. Par ailleurs, la corruption avait infiltré tous les niveaux de la société, conduisant certains à amasser d’immenses fortunes. En réalité, le régime échangeait les valeurs spirituelles de l’islam contre le soutien occidental à la monarchie et au pouvoir. Ces conditions étaient propices à l’émergence d’une révolution. La revendication fondamentale du peuple iranien était l’islam, orientée vers la recherche de la récompense dans l’au-delà et en totale opposition avec les valeurs dominantes du monde, fondées sur l’acquisition de richesses matérielles et de pouvoir. Cette revendication émanait d’une culture dont la source était l’islam. Ainsi, les Iraniens rejetèrent l’idée selon laquelle le progrès devait être obtenu à n’importe quel prix, ainsi que la philosophie machiavélienne selon laquelle la fin justifie les moyens, deux conceptions soutenues par l’Occident.
La pression intenable sur le nouveau régime
Après la victoire de la Révolution islamique, toute alternative visant à un retour à la situation antérieure fut jugée acceptable. À titre d’exemple, les partisans de Mossadegh et le Mouvement de la liberté, bénéficiant du soutien des États-Unis, furent utilisés par ces derniers comme une réserve en période de crise. Dans cette situation critique, ils furent mis en avant. Certains partisans de Mossadegh et membres du Mouvement de la liberté, installés aux États-Unis, faisaient leur propre promotion et espéraient qu’un jour on ferait appel à eux pour former un gouvernement provisoire. Un autre groupe, actif en Europe, notamment en Angleterre, en France et en Allemagne de l’Ouest, poursuivait ses activités en tentant d’influencer l’opinion publique par des recherches et des analyses sur Mossadegh et le Mouvement de la liberté. Un troisième groupe vivait en Iran et, en utilisant le nom de Mossadegh, avait formé diverses factions dissidentes. Autrement dit, le Mouvement de la liberté et les partisans de Mossadegh étaient présentés comme une alternative et avaient reçu pour mission de la part des États-Unis de prendre temporairement le pouvoir afin de préparer le retour du Shah et de consolider de nouveau son règne. Toutefois, leurs discours et leur propagande manquaient de crédibilité aux yeux du peuple iranien et demeurèrent sans effet.
La Révolution islamique d’Iran mit fin à plusieurs millénaires de monarchie et ouvrit un nouveau chapitre doté de caractéristiques propres au Moyen-Orient.
La raison en était que le peuple aspirait à la création d’un gouvernement fondé sur les lois islamiques. L’imam Khomeiny, tenant compte des circonstances, déclara dès le départ que le fondement de cette révolution était l’islam et que le peuple réclamait l’instauration d’une République islamique. Il souligna ensuite que les groupes politiques prônant autre chose qu’un gouvernement islamique devaient se démarquer clairement de la majorité du peuple. Ceux qui souhaitaient participer à cette révolution devaient harmoniser leurs revendications avec celles de la nation, abandonner le nom et le titre de leur parti et rejoindre les masses populaires. L’attachement de l’imam Khomeiny à la direction du mouvement islamique était totalement différent de l’amour du pouvoir observé chez d’autres leaders révolutionnaires, dont l’objectif principal était l’accès au pouvoir. La Révolution islamique d’Iran mit fin à plusieurs millénaires de monarchie et ouvrit un nouveau chapitre doté de caractéristiques propres au Moyen-Orient. Ce mouvement prit le nom de Révolution islamique et introduisit de nouvelles normes et de nouveaux critères à l’échelle mondiale.
Mobilisés contre la dictature du Shah
La révolution menée contre la dictature du Shah sous la direction de l’imam Khomeiny aboutit à la chute du régime monarchique. Après quinze années de blessures, de massacres, d’arrestations, de tortures et de règlements de comptes infligés au peuple iranien, la Révolution islamique d’Iran triompha le 11 février 1979. Elle atteignit finalement son objectif divin le plus important, à savoir l’instauration d’un gouvernement fondé sur les prescriptions et les valeurs islamiques, le rejet de la domination, de l’oppression, de la corruption et de la discrimination, par la création de la République islamique d’Iran. Après la Révolution islamique, l’Iran proclama l’établissement de la République islamique, un régime dans lequel le pouvoir appartient au peuple. L’islam devint un mode de vie et non plus seulement une idéologie enseignée. La Constitution iranienne garantit la protection et la sauvegarde de l’islam.
Les femmes en Iran bénéficient d’un statut et d’une dignité conformes à leur valeur, et l’exploitation et l’instrumentalisation dont elles faisaient l’objet ont été abolies.
L’obéissance aux puissances étrangères, en particulier occidentales, appartient désormais au passé. La politique iranienne est élaborée indépendamment des pressions extérieures et uniquement en fonction de la recherche de la satisfaction divine. Aujourd’hui, l’Iran est un pays avancé parmi les nations en développement et le rythme de son progrès s’est accéléré après la Révolution. Celle-ci a transformé tous les aspects de la vie du peuple iranien. La rédaction d’un ouvrage relatant l’ensemble des réalités et des réformes réalisées en Iran constitue une tâche extrêmement difficile, car il est impossible de traduire ces transformations par de simples statistiques ou par l’allongement d’une chronologie des événements. Les réformes issues de la Révolution ont exercé une influence profonde, tant qualitative que quantitative, sur le mode de vie et la réalité quotidienne des Iraniens. La grande vérité de ces changements réside dans le fait qu’ils ont concerné l’ensemble du pays et non seulement une partie de la population vivant dans les grandes villes.
Une lourde responsabilité incombe non seulement aux dirigeants et aux musulmans du monde entier, afin qu’ils tirent des enseignements de la Révolution islamique d’Iran, mais aussi aux dirigeants de cette Révolution, qui ont le devoir de partager leurs expériences avec le monde musulman. Il ne fait aucun doute que ce qui s’est produit en Iran jusqu’à présent doit être considéré comme la victoire la plus inattendue et la plus réjouissante de la communauté musulmane au cours du siècle dernier. En résumé, on peut affirmer sans détour que la Révolution iranienne fut avant tout un mouvement populaire. Elle constitua un modèle unique de participation politique des masses à notre époque. Une structure organisationnelle simple, fondée sur les orientations de l’ayatollah Khomeiny, parvint à surprendre et à vaincre la machine militaire la plus avancée et la plus sophistiquée du Shah. En réalité, cette victoire fut le fruit des sacrifices et des efforts du peuple iranien, accordée par Dieu.
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