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Bénin : Chabi Yayi claque la porte des Démocrates : un fils qui rompt avec l’héritage du père


Cotonou, 4 mars 2026. Le nom résonne encore dans les couloirs du principal parti d’opposition béninois. Chabi Georges Nadjim Yayi, fils aîné politiquement engagé de l’ancien chef de l’État Thomas Boni Yayi et secrétaire national aux relations extérieures des Démocrates, a annoncé son départ du parti que son père préside. Une rupture qui survient à l’heure la plus sombre de l’histoire de cette formation : zéro élu aux législatives du 11 janvier 2026, aucune présence dans la course présidentielle du 12 avril.

Le départ de Chabi Yayi n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il s’inscrit dans une hémorragie qui dure depuis plusieurs mois. Depuis l’automne 2025, les défections se succèdent au sein du parti fondé sur l’espoir d’une alternance face au régime de Patrice Talon. Trois vice-présidents avaient déjà démissionné simultanément. Cinq députés avaient claqué la porte le 31 octobre 2025, au lendemain du rejet par la Commission électorale nationale autonome (CENA) du dossier de candidature du parti à la présidentielle – invalidé pour insuffisance de parrainages. Ils sont désormais positionnés sur les listes de l’Union progressiste le Renouveau et du Bloc républicain, les deux piliers de la mouvance présidentielle.

Pour Chabi Yayi, le chemin vers cette décision aura été long et douloureux. Entré au bureau politique du parti lors du premier congrès ordinaire tenu les 14 et 15 octobre 2023, il s’était illustré par un engagement constant, portant la voix des Démocrates dans les médias et représentant le parti lors de la convention mondiale de l’Alliance progressiste à Santiago, en octobre 2024. Il incarnait, aux yeux de beaucoup, la relève naturelle d’un parti dont la survie était suspendue au destin de son père.
Mais la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 a tout précipité. Interpellé dans la matinée du dimanche 14 décembre 2025 puis conduit à la Brigade criminelle, Chabi Yayi avait été remis en liberté provisoire après audition, soumis à une convocation judiciaire devant le procureur spécial de la CRIET, dans le cadre des investigations liées aux événements du 7 décembre. Une garde à vue qui, selon son avocat, n’avait donné lieu à aucune inculpation formelle, mais qui avait suffi à fragiliser davantage un homme déjà épuisé par des années d’opposition sans issue.

Le constat est inédit : zéro élu aux législatives du 11 janvier 2026 et aucune présence dans la course présidentielle du 12 avril 2026. Fragilisé par la disqualification de son candidat, le parti traverse une période de fortes turbulences internes, marquée par des rivalités de leadership et des départs de cadres. L’annonce du retrait pour raisons de santé de son leader, Thomas Boni Yayi, a accentué les incertitudes quant à la capacité de mobilisation et de cohésion de la formation.
Dans ce naufrage collectif, la décision de Chabi Yayi résonne comme un aveu. Elle dit, mieux que tout discours, l’impasse dans laquelle s’est enfermée la principale force d’opposition béninoise. Le fils aîné ne part pas en ennemi, mais en homme qui a mesuré l’écart entre l’ambition démocratique et les réalités d’un système électoral dont les Démocrates accusent le pouvoir en place de verrouiller le jeu, des accusations rejetées par les autorités.

Reste la question de l’après. Chabi Yayi rejoindra-t-il la mouvance, comme d’autres avant lui ? Fondera-t-il sa propre structure ? Ou choisira-t-il le silence provisoire des hommes qui attendent leur heure ? Pour l’instant, le parti Les Démocrates, qui ne dispose plus d’aucun siège au Parlement jusqu’en 2033, se retrouve orphelin d’un de ses visages les plus médiatiques – et d’un nom qui, en politique béninoise, avait encore toute sa force.

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